Le pardon demeure un sujet immensément délicat, en particulier pour ceux qui ont besoin de pardonner. On peut philosopher abondamment surle sujet en prétextant qu’il est nécessaire à  l’existence. Néanmoins,ceux qui ont été blessés, trahis, abusés, victimes d’injustice ontextrêmement de difficultés face au concept même du pardon. Pourquoi en
est-il ainsi ?

Qu’est-ce qui empêche les gens de pardonner ? On pourrait répondre à cette question simplement, en disant qu’il y a probablement autant de raisons que de personnes et d’histoires. Mais, à mon avis, tous les motifs de ne pas pardonner se résument en une seule et même raison :les gens ne comprennent pas le pardon. Parce qu’ils ne le comprennent pas, ils résistent à l’idée même et encore davantage à la possibilitéd’agir. Mais, pour mieux l’expliquer, attardons-nous avant tout à ce
qu’il n’est pas.

1. Le pardon, ce n’est pas oublier!
Les Anglais connaissent l’expression “forgive and forget”. C’est probablement la consonance des mots qui fait que l’on associe «pardonner et oublier ». La réalité est que l’on n’oublie pas, que l’on oublie jamais. Les souvenirs ne s’effacent pas de la mémoire comme par magie. Cela ne signifie pas que l’on ressasse constamment ce qui est
survenu ou que l’on pense toujours à ceux qui nous ont blessés.Cependant, les blessures même si elles sont invisibles, ne s’oublient pas. Bien plus, je crois que, jusqu’à une certaine mesure, il est préférable de ne pas oublier.  Thomas Saltz a dit un jour : « L’insensé ne pardonne ni n’oublie; le naïf pardonne et oublie ; le sage pardonne
mais n’oublie pas ».

2. Pardonner, ce n’est pas absoudre!
Les gens qui  nous ont fait mal demeurent pleinement responsables des torts qu’ils ont causés.  Le pardon ne change rien à leur responsabilité dans l’offense. La victime qui pardonne n’efface pas les gestes qui ont été posés. Le mot absoudre vient d’«absolvere », ce qui signifie acquitté dans le sens de déclarer une personne non coupable.
De toute façon, vous l’avez remarqué dans votre propre expérience personnelle : les gens qui blessent les gens n’avouent que très rarement leurs torts. Bien souvent, ils n’ont même pas conscience des torts qu’ils causent. Dans ce sens, on peut en vouloir à quelqu’un du tort qu’il nous a fait. On peut le mépriser, le haïr même sans qu’il
soit conscient de quoi que ce soit et que cela ne change strictement rien ni à sa vie, ni à la nôtre. J’ai en mémoire l’histoire de quelqu’un qui a vécu, à une époque, une injustice qui l’avait profondément affectée. Suite, à cet acte injuste et immérité, la personne s’est retrouvée littéralement à la rue. Quelques années plus tard, par un concours de circonstances, elle a revu la personne qui lui avait causé ce tort et a pu en discuter avec elle pour se rendre compte que cette dernière personne n’avait jamais eu conscience de la portée de la décision qu’elle avait prise. Une chance que je lui avais pardonné, me dit-elle, parce que je lui en aurais voulu strictement pour rien. Voilà une bonne leçon sur le pardon !

3. Pardonner, ce n’est pas nier!
Je suis toujours inconfortable avec les gens qui pardonnent rapidement. Loin de moi, l’idée de juger. Mais avec les années d’expérience à rencontrer des gens blessés, je me suis rendu compte que la plupart du temps, plus la blessure est grave et que les gestes commis sont dommageables, plus le pardon est difficile. Cela peut paraître un peu paradoxal de ma part de prêcher les vertus du pardon d’un côté et de l’autre être méfiant de ceux qui ont le pardon facile.Peut-être vous posez-vous la question pourquoi je réagis de la sorte.La réponse se trouve dans un petit mécanisme de défense présent chez les humains qui s’appelle le déni. Le déni est le refus et parfois l’incapacité pour une personne d’accepter la réalité. Ils se protègent ainsi de la désorganisation intérieure générée par l’angoisse que représente la situation.Pardonner, ce n’est donc pas nier. Encore moins, refuser de voir ce qui est réellement arrivé et ce n’est pas non plus minimiser ce qui est arrivé. Ce n’est pas faire semblant de ne pas voir, ni se mettre la tête dans le sable. Au contraire, pardonner est un geste conscient,issu de notre volonté et qui prend en considération le prix à payer pour se libérer du passé. Ce n’est pas un geste impulsif ou irréfléchi.C’est une réaction mûrie et poussée par la réflexion sachant que,malgré la douleur et la souffrance, c’est la seule manière de s’en sortir.Peu importe ce que vous avez vécu : abus, injustice, rejet, abandon,trahison. Le pardon constitue une façon efficace de se libérer d’un passé douloureux pour bâtir un avenir merveilleux.  Rien de simple, ni de facile bien entendu. Mais quelque chose qui vaut la peine d’envisager et d’exercer même si au premier regard, cela semble inimaginable. (À suivre…)
« Le pardon est l’invention de Dieu pour mettre un terme à l’injustice et à la souffrance dans un monde où les gens, malgré leurs meilleures intentions, ne réussissent pas à faire la paix et à cesser de se détruire mutuellement. »

Lewis Smedes

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